ERAMA
 

V. Gysembergh, « Eudoxe de Cnide comme auto­rité scien­ti­fi­que »

Victor Gysembergh (Reims)

Eudoxe de Cnide, dont l’œuvre n’est plus connue que par des cita­tions et des témoi­gna­ges, fut une figure d’auto­rité scien­ti­fi­que sans com­pa­rai­son dans le monde médi­ter­ra­néen anti­que. Son auto­rité se per­pé­tua pen­dant plus d’un mil­lé­naire, se dif­fusa dans les cultu­res avoi­si­nan­tes de la Méditerranée (par exem­ple en Égypte et en Italie) et s’étendit aussi à une forme d’auto­rité morale (dès l’Éthique à Nicomaque d’Aristote).

Un de ses prin­ci­paux titres de gloire fut, en mathé­ma­ti­ques, la solu­tion du « pro­blème délien ». Nous mon­tre­rons d’abord qu’un docu­ment épigraphique, jusqu’à pré­sent ignoré des his­to­riens des scien­ces et de la phi­lo­so­phie, permet d’éclairer d’un jour nou­veau les témoi­gna­ges reliant Eudoxe au « pro­blème délien » : cette ins­crip­tion atteste qu’Eudoxe avait voué des écrits astro­no­mi­ques à un dieu délien. Nous resi­tue­rons cette infor­ma­tion dans le contexte de la pra­ti­que bien attes­tée en Grèce ancienne qui consiste à dédier ses écrits dans un temple pour assu­rer leur publi­cité et asseoir son auto­rité scien­ti­fi­que.

À partir d’inter­pré­ta­tions nou­vel­les de plu­sieurs frag­ments de l’actuelle édition de réfé­rence1, nous iden­ti­fie­rons ensuite chez Eudoxe d’autres stra­té­gies visant à cons­truire l’auto­rité scien­ti­fi­que : l’ins­crip­tion dans des tra­di­tions ancien­nes (la com­po­si­tion d’un Parapegme astro­mé­téo­ro­lo­gi­que et d’une Gês perio­dos) qui sont renou­ve­lées par l’adop­tion de partis pris ori­gi­naux (l’inclu­sion de l’his­toire des idées dans le champ de la géo­gra­phie, la reconnais­sance de la sphé­ri­cité de la terre, l’auto­no­mi­sa­tion de la météo­ro­lo­gie) ; l’établissement de genres nou­veaux de lit­té­ra­ture scien­ti­fi­que (la des­crip­tion du ciel dans les Phénomènes et le Miroir) ; la volonté ency­clo­pé­di­que d’embras­ser le champ de la connais­sance dans son inté­gra­lité (espace ter­res­tre et céleste, temps long et temps court, réa­lité sen­si­ble et intel­li­gi­ble). Nous inter­ro­ge­rons simul­ta­né­ment l’effi­ca­cité de ces stra­té­gies, telle que la révèle la récep­tion de la figure d’Eudoxe par la pos­té­rité.

F. Lasserre, Die Fragmente des Eudoxos von Knidos, Berlin 1966.